Mon mari vient de chasser un orignal – d’une femme végétarienne…

Il est 2:30 du matin. Je viens de me réveiller d’un cauchemar terrible. Vous savez, ceux qui vous hantent même une fois bien réveillé. J’ai commencé à analyser ce cauchemar et bien évidemment, le corps mort et décapité de mon rêve était évidemment celui de l’orignal que mon mari venait de chasser le jour précédant, quelques heures plus tôt…

Le 22 novembre 2020, 11:36

Je viens de recevoir un texte de mon mari: «Je capote! Je viens de tirer sur un original!» Moi, encore à la maison, je ris. Ha! Ha! Ha! Elle est bien bonne ta farce! Nous avons passé les derniers mois (lire années) à chasser sans absolument rien voir. Il faut dire qu’à 5 personnes, dont 3 enfants, habits d’hiver bruyant plus notre chien de 7 mois, nous faisons plus qu’un vacarme en forêt! On marche, en chuchotant bien sûr, en mangeant des Spitz et en buvant du chocolat chaud. On est bruyant, odorant, une grosse masse qui bouge tout le temps. Ça peut bien être impossible de voir quelque chose… Même les lièvres s’enfuient de nous.

C’est pour ça que je suis septique et étonnée de recevoir ce premier texte de Martin. Vraiment? Tu en a VU un? Après quelques échanges, il n’en peut plus, il m’appelle. Là c’est vrai. Il a vraiment chassé un original! Je l’entends dans le timbre de sa voix. Il est calme mais émotif, jubilant mais résonné. Le vrai travail commence maintenant. Il se met à l’action, seul, là-haut dans la forêt. Il est à 2 km de sa voiture. Sans winch, sans 4×4, avec un seul couteau et beaucoup de volonté. Vers 13:15, il m’écrit que c’est vraiment plus long qu’il aurait pensé. Il n’en est qu’à sa première patte! Il va avoir besoin d’aide. Le soleil se couche tôt. Il aimerait finir avant la nuit. Nous allons le rejoindre avec mes 2 voisins chasseurs passionnés, Betsy & Walace.

Debout, un vent frais hivernal me fouette le visage. En pleine nature, un frisson me parcours. La nature m’envahit. J’ai un immense respect pour cette bête majestueuse à nos pieds. Je remercie notre mère terre, notre univers, d’avoir donné l’occasion à Martin de voir et de prendre cet animal. Mais je dois vous avouer, j’aime beaucoup mieux voir cet orignal marcher et brouter paisiblement sans craindre de se faire attaquer par un prédateur. Depuis notre aventure sur Calbodine, je suis devenu végétarienne, quasi végétalienne. En premier, c’était plutôt par dégout de la viande que nous trouvions. Puis ma compréhension du monde à évoluer et c’est devenu plutôt par respect de notre monde animal, intimement lié au monde végétale, intimement lié à notre propre existence. Par contre, mes enfants aiment manger la viande et mon chum aussi. Étant incapable d’en acheter à l’épicerie, ils se contentent de nos propres œufs, de noix, de pois chiche et de légumineuses. Je suis incapable de soutenir cette industrie de la viande, qui élève, nourri, abreuve, tue et débite la viande non pas comme un animal à part entière mais comme un bout de profit à 4 pattes. Toutefois, j’appui ma famille si elle veut manger un animal chasser respectueusement. Martin trippe autant avec sa viande que moi qui capote manger des repas venant de mon jardin…

Les dernières années, mois, semaines, jours, heures de chasse sans succès viennent d’être récompensées pour mon chum. La persévérance et la patience de Martin viennent d’être honorées. On dirait que plus l’animal est gros, plus nous sommes émotifs, conscient que c’est animal est mort pour nous. Je comprends les motivations de mon chum et je respecte sincèrement ses choix. Il chasse un animal, son instinct de survie étant très haut, pour nourrir sa progéniture. Il est immensément reconnaissant pour la vie que cet animal nous a donnée. Il  en est même émotif. Il est gratifié de pouvoir nourrir ses enfants grandissant avec de la viande pure et organique à 100%, élever sauvagement et tuer avec un profond respect. Maintenant que notre congélateur est plein à ras bord, Martin peut arrêter la chasse pour cette année. Pas question de prendre une autre vie avant de tout manger cette viande rouge sauvage.

Je dois avouer, le filet mignon était tout de même savoureux, mais je crois que ce sera quand même le dernier morceau pour moi…

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